Parfois je déprime… Sans raison apparente, je me lève la tête pleine d'un brouillard confus d'idées noires qui m'empêchent de penser et me mettent dans un état totalement dépressif. Il ne faut pas alors me parler, ni me demander ce que j'ai. Je n'en sais rien. La seule chose qui m'importe c'est que ça ne va pas, que tout est négatif, que je n'ai plus aucune raison de vivre, ni d'aimer, ni d'écrire, ni de faire quoi que ce soit. Le monde est grisâtre, sans formes, mou, il m'échappe dans tous les sens et je me sens désemparé. Si quelqu'un essaie alors de me consoler, de s'occuper de moi, il n'a aucune chance de réussir, je veux être seul, rester seul avec cette espèce de maladie mentale qui me bouffe de l'intérieur, me replier comme un nourrisson, dormir en attendant que ça me passe… et ça ne me passe pas.
Avec le temps, toutefois, j'ai réussi à maîtriser cet état: je sais maintenant que la seule solution est d'épuiser mon corps, le fatiguer dans n'importe quel exercice physique — jardinage, marche, vélo, amour, gymnastique, peu importe… ce qui importe c'est la fatigue. C'est la fatigue qui me vide la tête comme si les humeurs négatives qui m'embrument le cerveau étaient évacuées par la sueur de mes pores. Le seul problème est d'avoir alors suffisamment de surmoi pour me contraindre à ce remède car, dans les cas les plus graves, me manque l'énergie nécessaire pour me forcer à agir. Alors, je peux rester ainsi des jours et des jours, asocial, sauvage, n'ayant comme seule envie que celle de fuir, plusieurs fois au bord du suicide (mais cet acte m'aurait demandé une volonté physique que je n'avais plus), me cachant dans des lieux invraisemblables opù j'estime que personne ne songera à me trouver tout en espérant secrètement que l'on me cherche. Bref, dans le désarroi le plus total…
Un jour, aussi étrangement que cet état était survenu, il cesse, je m'éveille de ce cauchemar, un peu surpris, convalescent mais, peu à peu, la vie reprend ses droits et le ciel se dégage.
Posted at 05:05 pm by
Hodges