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December 19, 2007
Je vis dans un monde double : le monde réel que, comme tout un chacun, je traverse avec plus ou moins de présence et le monde imaginaire qui revendique le maximum de place. J’ai toujours dans la tête des fictions en cours, des dialogues avec des personnages dont je sais qu’ils n’existent pas. Il ne s’agit pas ici du phénomène bien connu des « amis virtuels », ces personnages imaginaires avec lesquels tant d’enfants conversent jusqu’à l’adolescence ; je suis depuis longtemps sorti de l’adolescence et mes personnages sont beaucoup plus nombreux. Il ne s’agit pas non plus réellement de fictions car la plupart de ces « récits » ne constituent de réelles trames mais de quelque chose comme des flashes, des fragments de récits où des personnages apparaissent, disparaissent, réapparaissent, se rencontrent ou ne se rencontrent jamais. Chacun de ces micro-récits pourrait figurer dans un récit plus vaste mais cela ne m’intéresse pas, je n’essaie ni de les mémoriser ni d’en faire un matériau d’écriture, les personnages, les événements dans lesquels ils sont impliqués, les dialogues auxquels ils participent sont là, manifestent sans cesse leur présence, sans plus.
Leurs liens avec lé réel sont ténus, parfois une vague association — un visage appelant celui d’un personnage imaginaire qui se met aussitôt à vivre —, un fragment de dialogue qui se prolonge dans l’imaginaire, la vue d’un animal qui me projette dans un paysage… Mais la plupart du temps réel et imaginaires restent chacun sur leurs trajectoires occupant, comme des pensées autonomes, des zones différentes de mon cerveau. C’est ainsi que je peux marcher dans une rue du monde réel tout en faisant l’amour dans le monde imaginaire ou faire l’amour dans le monde réel et discuter avec un jeune homme dans le monde imaginaire. L’un n’empiète que rarement sur l’autre et mon cerveau bascule incessamment de l’un à l’autre.
Rien d’extraordinaire pourtant, s’il est un point sur lequel les mondes réels et imaginaires se rencontrent, c’est la banalité. Je ne suis un héros ni dans l’un ni dans l’autre et c’est en cela que cette duplicité n’est pas enfantine : j’ai arrêté de toucroire sauver le monde. Ce qui est accompli dans l’un pourrait l’être dans l’autre et, de tout cela je ne retire aucune satisfaction particulière, bien au contraire, plutôt une difficulté croissante à savoir qui je suis et vers où aller.
Posted at 06:36 pm by Hodges
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July 28, 2007
Dès lors que je pense avoir accédé à une certaine capacité à l'écriture, écrire ne m'intéresse plus.
Ce que je cherche alors c'est une autre voie, une autre issue à cette paranoïa de la mise en mots qui m'habite ou plus exactement de cette forme de schizophrénie que je vis dans le langage: surévaluation de son importance et, dans le même mouvement, désintérêt croissant… Dire et non dire… Envie absolue de dire et découragement absolu face à ce que, en fin de compte, l'écriture m'apporte bien que je sois partisan absolu de la gratuité de l'écrit, écrire pour rien, pour personne, sans que cela ne débouche sur aucun rapport.
Je ne trouve ainsi de réel intérêt que dans le dérangement éventuel que provoque la tentative d'écrire, la petite excitation qu'il y a à se lancer dans un projet, à croire un temps qu'il a une importance et qu'il va m'exciter suffisamment pour nourrir une part de ma vie. Hélas, cet entrain ne dure guère car j'atteins assez vite au but fixé qui dès lors me désintéresse totalement.
Je ne supporte pas les répétitions. Mon idéal — mais je n'ai pas assez d'imaginaire — serait dans la multiplication des hétéronymes: me réinventer chaque fois au travers d'une nouvelle invention de langue.
"Que pour nous le faire soit révélateur de l'être, chaque technique est un sens ouvert sur le monde: les choses ont autant de visages qu'il y a de manières de s'en servir." dit Joé Bousquet dans ses Notes d'inconnaissance. L'écrire comme révélateur de l'être, chaque technique d'écriture comme ouverture sur une nouvelle façon d'être au monde… Peut-être au fond est-ce ce qui m'importe, et ceci dans une indépendance absolue du résultat réceptif des écrits que je peux produire.
Une forme d'orgueil désespérée d'être au monde.
Posted at 04:04 pm by Hodges
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July 18, 2007
Baisser les bras… Souvent je baisse les bras. J'ai un millier de projets, des dizaines de milliers d'idées qui me traversent le cerveau et je n'en réalise aucun car au moment de me mettre au travail, de réaliser concrètement ce que tel projet — telle idée — implique je suis écrasé par un vertigineux sentiment d'inutilité, syndrome du "à quoi bon". A quoi bon écrire tel roman puisque de toutes façons je ne ferai pas ensuite l'effort nécessaire pour qu'il parvienne dans les mains de lecteurs éventuels, à quoi bon écrire pour ajouter mes élucubrations aux millions de pages déjà écrites et, au mieux, enfermées dans les soutes des bibliothèques où seuils les rats, s'ils y avaient accès, pourraient trouver quelque satisfaction. Où sont passés Dorat, De Gilbert, Gresset, tant d'autres encore et les milliers de pages qui leur ont pris tant de temps à écrire ? A quoi bon donner mon opinion sur le monde alors que personne ne le demande ni l'attend, à quoi bon se démener, travailler, agir alors, qu'inexorable, le temps passe effaçant sur son sable les traces de nos pas?
Je suis ainsi sans cesse écartelé entre un désir réel d'action et le sentiment permanent de l'inutilité de toute action. Je n'ai pas d'ambition sociale, pas de désir de notoriété, je ne demande qu'à vivre mais je ne sais toujours pas ce que j'entends par là. Respirer, manger, baiser… ne me suffisent pas, courir, nager, pédaler (mettre mon corps en flamme) ne me donnent que des satisfactions temporaires et, de toutes façons, le corps lui-même impose ses limites. Mon cerveau m'encombre, je rêve d'une absence totale de pensée, d'un état léthargique dans lequel pourtant je m'ennuie et je n'ai pas envie de mourir, la peau, les ongles, les dents, le ventre, le sexe… s'y refusent.
Il n'y a pas de solution, je le sais d'où cette immense fatigue qui m'englue comme une mouche dans la toile d'araignée de mes contradictions. Si j'avance, c'est à reculons…
Posted at 03:53 pm by Hodges
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April 13, 2007
Parfois je déprime… Sans raison apparente, je me lève la tête pleine d'un brouillard confus d'idées noires qui m'empêchent de penser et me mettent dans un état totalement dépressif. Il ne faut pas alors me parler, ni me demander ce que j'ai. Je n'en sais rien. La seule chose qui m'importe c'est que ça ne va pas, que tout est négatif, que je n'ai plus aucune raison de vivre, ni d'aimer, ni d'écrire, ni de faire quoi que ce soit. Le monde est grisâtre, sans formes, mou, il m'échappe dans tous les sens et je me sens désemparé. Si quelqu'un essaie alors de me consoler, de s'occuper de moi, il n'a aucune chance de réussir, je veux être seul, rester seul avec cette espèce de maladie mentale qui me bouffe de l'intérieur, me replier comme un nourrisson, dormir en attendant que ça me passe… et ça ne me passe pas.
Avec le temps, toutefois, j'ai réussi à maîtriser cet état: je sais maintenant que la seule solution est d'épuiser mon corps, le fatiguer dans n'importe quel exercice physique — jardinage, marche, vélo, amour, gymnastique, peu importe… ce qui importe c'est la fatigue. C'est la fatigue qui me vide la tête comme si les humeurs négatives qui m'embrument le cerveau étaient évacuées par la sueur de mes pores. Le seul problème est d'avoir alors suffisamment de surmoi pour me contraindre à ce remède car, dans les cas les plus graves, me manque l'énergie nécessaire pour me forcer à agir. Alors, je peux rester ainsi des jours et des jours, asocial, sauvage, n'ayant comme seule envie que celle de fuir, plusieurs fois au bord du suicide (mais cet acte m'aurait demandé une volonté physique que je n'avais plus), me cachant dans des lieux invraisemblables opù j'estime que personne ne songera à me trouver tout en espérant secrètement que l'on me cherche. Bref, dans le désarroi le plus total…
Un jour, aussi étrangement que cet état était survenu, il cesse, je m'éveille de ce cauchemar, un peu surpris, convalescent mais, peu à peu, la vie reprend ses droits et le ciel se dégage.
Posted at 05:05 pm by Hodges
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January 31, 2007
Je suis assez satisfait de penser qu'à l'abri de la plupart des regards, dorment partout, enfouies dans les diverses mémoires de la multitude des serveurs qui constituent le monde Internet, des fragments de pages que personne ne lira certainement jamais mais qui constituent, certainement pour de très longues années, une forme larvaire de survie minimale. L'idée que ce que j'ai pu écrire un jour, sur une impulsion quelconque, n'est plus seulement un imaginaire d'écriture mais a pris corps, s'est transformé en signaux qui ont été enregistrés quelque part (je ne sais évidemment pas où figurent physiquement CES lignes que je suis en train d'écrire) et vont peut-être, un jour (qui sait?) rencontrer un lecteur, m'apporte une grande satisfaction.
Je sais ainsi que k'ai contribué à faire connaître Jean-Pierre Balpe et que, sur ce plan au moins, notre polémique n'aura pas été inutile. Essayant de me survivre, je propose en même temps, cette forme élémentaire de survie à tous ceux dont je parle. J'imagine un collectionneur, un chercheur du futur qui, tombant par hasard sur cette note s'amuserait à en suivre les liens puis les liens des pages où ils seraient amenés, ainsi de suite presque à l'infini: une rencontre fortuite d'intellects et de curiosités.
Pourquoi n'aurais-je pas, aussi, le droit de rêver?
Posted at 11:02 am by Hodges
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January 1, 2007
Je ne savais pas Balpe écrivain, encore moins artiste et voilà que je découvre une "revue d'art Internet" qui lui donne la parole pendant un mois pour étaler, pendant un mois, tout ce qui lui passe par la tête. Il s'agit de :
(http://panoplie.emakimono.org/index.php/instants/portrait/8).
Comme je m'en doutais il n'y dit rien de bien intéressant et, au fond, ces interventions mettent bien en évidence la médiocrité de sa vie. Il n'y parle d'ailleurs que de lui comme s'il ne voyait pas qu'autour de sa petite personne le monde existait.
Cependant, ce qui m'ennuie vraiment, c'est qu'il ne cesse de mettre en place des liens vers mes différents écrits et qu'il semble même s'attribuer une certaine responsabilité dans leur production - car sur ce point il n'est pas clair. Je ne peux qu'apporter ici le démenti le plus formel.
Posted at 08:57 am by Hodges
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December 2, 2006
Laissez-moi le temps de survivre
je suis muet depuis quelques temps: trop de problèmes de nature différente… La vie… La vie et ses sous-catégories: travail, famille, sexe, argent, santé, corps, relations sociales, etc. Illimitées comme vous le savez. Bref tout ça, pour moi, est, depuis quelques temps, devenu assez chaotique et je me débats au milieu d'un enchevêtrement de contradictions chaotiques. Comme la plupart d'entre vous, je fais ce que je peux. Je ne fais que ce que je peux, cela m'occupe déjà beaucoup…
Bref, pas le temps de m'occuper de Balpe qui mène sa vie de son côté. Je viens de voir qu'il travaillait maintenant pour une Biennale de poésie et qu'il vient de réaliser une rencontre européenne… Franchement, je me demande ce qu'il vient foutre là-dedans.
Pour l'instant il me laisse assez tranquille. Peut-être, l'âge aidant, a-t-il trouvé un autre équilibre et n'a-t-il plus besoin de moi comme punching ball. Peut-être s'est-il retrouvé une femme (ou un homme, je ne le suis plus depuis longtemps) pour satisfaire son eros. Cela expliquerait qu'il soit moins agressif. Dès que j'aurai un peu de temps, je vous reparlerai de lui.
Posted at 11:21 am by Hodges
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October 21, 2006
Diverses personnes, dont certaines semblent avoir lu assez attentivement mon hyperfiction, me demandent pourquoi j'ai consacré un blog à Jean-Pierre Balpe d'autant que ce que j'y rapporte n'est pas d'un intérêt fondamental et n'a qu'une incidence réduite sur les intrigues qui s'entrecroisent dans mon hyperfiction.
Ce n'est pas mon avis…
Ce que je tente avec mon hyperfiction, avec "http://generalproust.oldiblog.com/" et la dizaine d'autres sites sur lesquels elle se répand, c'est de faire coïncider la fiction avec la vie. Bien sûr, je n'ignore pas que cette affirmation est un des leitmotiv de la littérature qui semble y trouver comme une justification à son essentielle inutilité, mais ce n'est pas exactement ce que je recherche. Ni réalisme ni "la fiction est plus vraie que le réel"… Ma tentative est d'une autre nature, faire de la fiction un monde qui porte en soi sa propre réalité et n'a pas besoin de justification. Un univers vivant, impossible à figer, en expansion, en modification permanente, un univers fictionnel vivant comme un organisme et que l'on ne peut enfermer dans une quelconque immobilité…
D'accord pour ce délire me direz-vous mais… Balpe, là-dedans? Balpe ne m'intéresse pas en soi, pas plus que Ganançais ou Amanda Mayeranoff, il se trouve qu'il se situe à un niveau d'existence qui, lui, m'intéresse (j'aurais pu tout aussi bien prendre Jacques Chirac ou Charles Aznavour mais leurs positions de personnages publics, avant tout publics aurait faussé la lecture…) parce que cet individu existe comme vous pouvez facilement vous en apercevoir vous-mêmes, parce que vous l'avez peut-être déjà rencontré et que je le connais bien et qu'il est encore vivant puisqu'il bouge et proteste. Son niveau d'existence fictionnelle en acquiert un statut tout à fait particulier qui, à ce titre, m'intéresse.
Ceci dit, peut-être avez-vous, vous-même, trouvé d'autres raisons à sa présence et à ce blog qui lui est consacré.
Posted at 11:21 am by Hodges
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September 26, 2006
Vous ne le savez peut-être pas mais le blog sur lequel je diffusais une partie de mon hyperfiction m'avait été prêté par Balpe à une époque où nous étions en bons termes mais l'écriture est un parcours d'aventure semé de constantes prises de risque. Parlant sans fard l’un de l’autre en des lieux plus ou moins publics, nous en sommes venus à nous chamailler, à nous disputer puis à nous haïr. Balpe a donc repris son bien et m’a, physiquement, chassé de son espace… J’ai mis quelques temps à m’en remettre puis j’ai créé un autre blog. Celui-ci: , vous y retrouverez l’entrée sur mon hyperfiction et une partie d’un récit possible.
Cette mésaventure ne m’empêchera pas de parler de lui. C’est d’ailleurs ce que je fais dans le récit en question où je l’utilise, presque sans camouflage, comme un des personnages centraux. Je me suis, bien sûr, permis les accommodements avec le réel que nécessite la fiction: j’ai changé le nom de sa bonne, son métier… mais pour l’essentiel tout est conforme à la vérité du personnage car, comme dit le proverbe, «se non e vero e ben trovato»…
Posted at 02:25 pm by Hodges
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August 5, 2006
Ma vie est un bordel. La vie — toute vie, toute la vie… — est un bordel. On ne maîtrise rien. On croit décider, on fait des choix, on se prépare, on travaille et le hasard vous rattrape : une maladie, un accident, une rencontre, un chien qui traverse la rue, un papillon qui bat des ailes, un tremblement de terre, une éruption volcanique, un fer à repasser qui tombe d’un quatrième étage : tout change, on meurt ou on est obligés de prendre une autre direction, de tout — ou une partie du tout — revoir dans ses prévisions, ses espoirs, ses attentes, ses haines, ses amours… Rien n’y fait, on ne maîtrise vraiment rien. L’avenir n’est jamais assuré ; il arrive souvent qu’on ne comprenne rien au passé.
Se laisser faire. La position bouddhiste du plus petit mouvement possible ou, au contraire, celle de l’agitation absolue ? Faire est aussi se laisser faire : il n’y a pas de solution au chaos général.
Après tout, même si ma vie n’a pas été exactement celle qu’en raconte Jean-Pierre Balpe, à un niveau donné de perception il n’y a pas vraiment d’erreur, de tromperie ou de mensonge. Je n’ai peut-être pas vécu telle ou telle aventure qu’il rapporte, mais si on suit la ligne générale de son récit, il n’est pas loin de la vérité : branche tombée sur le flot d’un torrent, j’ai, sans y avoir vraiment compris quelque chose, toujours été ballotté d’un incident à l’autre. Nos vies sont ainsi faites, et son existence qui paraît plus calme a-t-elle été vraiment différente ?
Posted at 03:21 pm by Hodges
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