La vie de Jean-Pierre BALPE




Une œuvre de Marc Hodges


November 10, 2005
La littérature

La littérature n’a de raison d’être que dans les infinis jeux de piste que, sans fin, elle met en place : rebondissements de l’esprit d’un indice à l’autre, reconstruction subjective d’un monde qui, autrement, nous échappe de toutes parts. Sinon quoi ? Décrire le monde ? Quelle foutaise. Le monde, le réel, la vie, la pensée ne sont que d’infinis incontrôlables mouvements browniens au sein desquels rien n’est à décrire. Les choses sont. Aléatoires, sans cesse bifurcantes, imprécises, inattendues… Toute écriture de cette réalité n’est que réduction et affadissement et, pour cela, elle n’a pas besoin du filtre grossier de la littérature. Seul importe le jeu qui maintient en vie, donne un peu l’illusion que l’homme existe pour et par lui-même.

Je vois d’ici le petit sourire content de JPB (jouant sa Sarraute) : « Oh, vous exagérez… Simplement, les choses s’amassent petit à petit… des souvenirs… C’est vrai que j’aime bien grappiller un peu partout… » S’il est vrai que les choses s’amassent, ce n’est jamais sous la forme de souvenirs. Pas de souvenirs ; des reconstructions : toute vie est une fiction où tout événement trouve sa perspective et se remet en place. La fiction ne parle pas de la vie ; la vie, la fièvre maladive qu’est toute vie, exsudent de la fiction, comme une humeur dont le corps doit se défaire. La littérature ne peut, faiblement, qu’imiter ce mouvement, le prolonger, exciter lèvres et neurones pour, entretenant cette fébrilité, donner l’impression de faire quelque chose.

Ne comptez pas sur moi pour agir autrement.


Posted at 05:01 pm by Hodges
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November 9, 2005
Soudain tout change

Mais je ne sais plus pourquoi je vous parle des relations de JPB et de Roberte. J’en ai rien à foutre. Vous non plus certainement. Mais les récits sont ainsi faits qu’un rien suffit à faire prendre une voie plutôt qu’une autre dans les multiples bifurcations qui se présentent sans cesse. En dehors des croyances théologiques, il n’y a pas dans l’existence de téléologie. Seules les mauvaises fictions mettent en scène le contraire : une histoire, un but. Tout écrit littéraire se veut une démonstration alors qu’il n’y a pas de démonstration possible… Mais passons, cette réflexion m’entraînerait trop loin.

Je vais donc abréger : ils eurent pendant quelques mois une vie de passion intense. Rien d’autre ne comptait pour eux. Puis, sans raison apparente, JPB abandonna Roberte. Non qu’il y ait eu quelqu’un d’autre dans sa vie. Non. Simplement il avait épuisé son plaisir. C’était ainsi. Il la jeta comme une vielle paire de chaussure. Du jour au lendemain, de centre de ses pensées, elle devint une gêne. Il n’avait plus envie de la voir, essayait de la fuir ; sa conversation l’ennuyait ; pire : son corps ne l’attirait plus.

Il est ainsi. Jean-Pierre Balpe est ainsi. Imprévisible, brutal, inconstant, égoïste… En fait, c’est là où je voulais en venir, donner la preuve de cette noirceur fondamentale à l’ombre de laquelle il faut lire tout ce que, ici ou là, il dit de moi.


Posted at 09:49 pm by Hodges
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November 8, 2005
Un fleuve de lave

Comme le prouve la gravure que j’ai publiée hier (curieusement signée du pseudonyme JBÉ(JPB), les relations de Jean-Pierre Balpe et de Roberte ont été torrides. Chacun d’eux s’est enfoncé dans le désir comme dans un fleuve de lave brûlant tout sur son passage. Et même si chacun d’entre eux avait des obligations ailleurs, pendant un temps rien d’autre n’exista.

Chacun d’entre nous — je le pense — a connu ainsi de moments d’abandon dans un amour fou où le tumulte des sens est si bruyant que rien d’autre n’est plus audible enfermant les amants dans un isolement absolu. Je crois pourtant que leur passion dépassa ce que nous pouvons avoir tous connu, et ce même si la Roberte dont il m’attribue la paternité dans un de mes prétendus écrits soit aux antipodes de celle qu’il a réellement connu. La fiction, même quand elle s’inspire de la réalité est un territoire particulier avec ses lois propres. Passons…

S’ils avaient pu, s’ils n’avaient pas été englués dans un réseau dense de conventions, d’obligations sociales, ils auraient vécu à l’écart du monde, tout entier dévoués l’un à l’autre, occupés seulement à se regarder, se toucher, se caresser… faire l’amour… et tout aurait été différent. Mais bon, on ne choisit ni ne contrôle ses pulsions. JPB et Roberte devaient courir vers leur destin.


Posted at 10:32 am by Hodges
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November 6, 2005
Allusion aux amours de JPB et de Roberte



JPB se pique parfois de poésie. Voici une gravure érotique qu'il a publié dans une petite revue minable et qui, sans aucun doute, se réfère aux moments les plus passionnés de ses amours avec Roberte.


Posted at 04:16 pm by Hodges
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November 3, 2005
Fiction, vie et souvenirs

Puisque Jean-Pierre Balpe commente en ligne tout ce que j’ai écrit, puisqu’il se permet de « publier » n’importe lequel de mes textes, j’ai décidé d’en faire autant. Cette HyperFiction sera ainsi comme un combat entre les écrits de Marc Hodges (les miens donc) et ceux (parasites) de Jean-Pierre Balpe. Peut-être d’autres encore, qui le sait — un certain Hocus s’introduit ainsi de temps en temps çà et là.. En tous cas ceux qui viendront nous rejoindre seront les bienvenus : la vie est une fiction. La fiction est la vie. Que chacun choisisse la formule qui lui convient le mieux. L’entrelacement des genres me semble définitif et, bien des fois, je ne sais plus — je ne sais— si j’ai vécu la vie que je raconte ou si je raconte une vie que j’imagine avoir vécu. Avec le temps, les souvenirs s’estompent et bien des incidents ou anecdotes de mon vécu — de mon enfance, par exemple — qui me paraissent totalement vrais, totalement vécus, dont je garde les goûts, les odeurs, les couleurs, les sensations, les sentiments… sont mis en doute par des proches auxquels je les rapporte comme des moments que nous sommes censés avoir vécu ensemble. Il est vrai aussi que le souvenir sélectionne et que tel moment qui a marqué dans sa chair et sa mémoire X… s’est effacé de celle de Y… qui pourtant l’a vécu avec lui. L’homme se construit autant qu’il est construit. Peut-être est-ce cette capacité qui lui permet de vivre.

Posted at 11:39 am by Hodges
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November 2, 2005
Jean-Pierre Balpe et les femmes

Il faut bien avancer (mais vers quoi ?…) ; parenthèse fermée, je reviens à l’histoire principale :

Que JPB ait eu d’autres maîtresses — Albertine, Lucienne… puis plus tard Gilberte ; appelons-les ainsi pour l’instant — ne dit rien sur la qualité des sentiments qui les a unis à chacune d’elles. Aussi surprenant que cela puisse paraître à un observateur perspicace de sa vie sentimentale, JPB a été, chaque fois, sincèrement amoureux de chacune de ses maîtresses. S’il a fait souvent fait preuve de malhonnêteté dans sa vie, en amour il ne trichait pas. Son mariage avec Françoise, par exemple, n’avait rien à voir avec la fortune de cette dernière, ni avec l’introduction qu’elle lui permettait dans un milieu plutôt sélect. Non. Il n’avait rien à foutre de tout ça. S’il l’avait épousée, c’est parce qu’il avait été séduit par sa fragilité, par ce quelque chose qui faisait qu’elle semblait toujours hors du monde. Un désir de la protéger peut-être, de lui permettre d’exister hors de ce milieu figé qui était le sien.

Si plus tard, il l’a trompée, c’est peut-être moins parce qu’il ne l’aimait plus que parce qu’il en aimait une autre. Aussi ne lui a-t-il jamais rien caché, acceptant qu’elle fasse comme lui et prenne autant d’amants qu’elle le souhaitait. Chez lui, un amour ne chassait pas l’autre mais s’ajoutait à lui. S’il délaissait telle ou telle, ce n’était pas qu’il ne l’aimait plus mais plus simplement parce que les contraintes quotidiennes de l’existence ne lui permettait pas de se consacrer autant à chacune d’entre elles.


Posted at 03:29 pm by Hodges
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November 1, 2005
Jean-Pierre Balpe et Hervé Nisic

Je me permets encore une parenthèse. De toutes façons vous avez compris : ce récit n’est pas linéaire. Les événements me contraignent et je ne fais que courir de l’un à l’autre sans parvenir à arrêter le temps. De l’impossibilité de tout dire. Revenons à l’essentiel…

J’ai découvert aujourd’hui une preuve de plus de la duplicité de JPB. Depuis quelques temps je m’intéresse à la créativité numérique. Peut-être parce que je ne suis pas satisfait de mes écrits, peut-être parce que je n’arrive pas à percer vraiment sur le terrain du livre… Je n’en sais rien, il y a certainement quantité de raisons différentes. Comme dans tout désir. Sans compter que le désir et la raison… Bref. J’ai découvert le site d’un dénommé Hervé Nisic. Ce site intitulé Nos Vies (http://nosvies.nisic.org/NOS_VIES/film.nosviespart1.html) diffuse un film d’un genre nouveau constitué d’images envoyées par n’importe qui. Quelque chose comme une mémoire photo contemporaine en expansion continue.

J’ai trouvé ça assez intéressant et je l’ai regardé un moment. Surprise. Malgré la rapidité de défilement des images, j’en ai repéré un certain nombre qui se trouvent également sur le blog intitulé Marc Hodges où Jean-Pierre Balpe prétend diffuser des témoignages incontestables (le « ça a été… » de la photo vu par Barthes…) de mon existence et des fictions qu’il m’attribue. Étrange n’est-ce pas ? Deux solutions au moins, ou Jean-Pierre Balpe et Hervé Nisic sont une seule et même personne ou l’un s’empare des documents de l’autre. Lequel ?

Peut-être avez-vous une idée. Peut-être même avez-vous des hypothèses différentes ?


Posted at 04:25 pm by Hodges
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October 27, 2005
Variations sur le thème du récit amoureux

Ce genre d’histoires sentimentales se termine généralement soit par la lassitude mutuelle (chacun rejoint son bercail) soit par une recherche d’exclusivité (les couples originaux éclatent et s’en forme un nouveau). Il y a bien sûr aussi quelques variantes moins fréquentes : l’un des deux meurt dans un accident d’avion, l’autre reste inconsolable, sa femme ne le supporte pas et le quitte ; un accès de jalousie de l’un des partenaires le pousse à assassiner l’autre ; les amants s’aperçoivent qu’ils sont aussi trompés par leurs conjoints respectifs et décident de vivre tous les quatre ensemble pour le bonheur des enfants ; un enfant apprend la trahison d’un de ses parents, ne le supporte pas et se suicide, d’où remords, conflits psychologiques, multiples issues possibles ; arrive un troisième larron bisexuel qui s’installe dans le nouveau couple ; les pratiques sexuelles des amants deviennent de plus en plus riches et complexes, il finit par la prostituer, elle adore ça, leur couple ouvre un bordel clandestin où tout devient possible ; etc. Dès que l’on ajoute un troisième élément au duo originel — au grand plaisir des écrivains qui en abusent depuis quatre ou cinq siècles — les combinatoires s’ouvrent. Ne parlons pas d’un quatrième !… Si j’écrivais un roman, je chercherais une situation inédite : pour une raison quelconque, JPB rencontre un jeune poète syrien qui le séduit et lui fait découvrir son homosexualité latente ; de son côté, Roberte, a rencontré une jeune musicienne japonaise qui l’entraîne dans son lit. Tous deux veulent vivre pleinement leur bissexualité. Plus encore, ils veulent en faire profiter l’autre. Les quatre partenaires s’installent ensemble jusqu’à ce que le poète syrien parte avec la chanteuse japonaise. D’où drames, conflits psychologiques et recherche de solution…

Mais je n’écris pas un roman, JPB et Roberte existent : même si la réalité est frustrante, je ne peux donc qu’apporter mon témoignage.


Posted at 10:58 am by Hodges
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October 26, 2005
Utilités de la discrétion dans les couples

Avançons.

Donc Roberte et JPB deviennent amant. Rien de très original, des événements semblables se produisent tous les jours ; pas de quoi en faire un roman. JPB était marié, Roberte aussi. Situation encore classique. Il avait trois enfants (12, 9 et 5 ans), elle en avait deux (13 et 10 ans). Pas de quoi choquer la population.

Cependant cette situation les incita à être discrets car comme chacun d’entre eux ignorait que son conjoint avait également maîtresse ou amant, il leur semblait devoir mener leur aventure dans le secret. Pourtant, ils auraient mieux fait de tout s’avouer les uns aux autres, ils y auraient gagné en tranquillité d’esprit, en facilités quotidiennes et convivialité. Bon, c’était ainsi ! Peut-être l’époque était-elle ainsi ? Bien que je pense que non : peu de choses ont évolué en profondeur dans ce domaine.

Les débuts furent passionnés : les sexes parlaient fort. JPB avait loué une petite chambre dans la rue du Faubourg-Poissonnière. Ils s’y retrouvaient régulièrement. La chambre étant trop petite pour y faire autre chose, ils y faisaient l’amour, violemment, sauvagement, comme s’ils n’avaient jamais baisé de leur vie. Leurs conjoints faisant de même ailleurs, aucun d’entre eux ne tenait à relever la baisse d’énergie sexuelle dans leurs couples réciproques : chacun y trouvait son compte. Quant aux enfants, ça ne les regardait pas…


Posted at 05:32 pm by Hodges
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October 25, 2005
Un moment d'érotisme

Il faut dans toute fiction une dose de sentimentalisme, un zeste de fiction et une pincée — plus ou moins grosse suivant les goûts pour les épices — d’érotisme. Donc JPB raccompagne Roberte chez elle. Ils ne sont que deux, deux adultes indépendants, majeurs, responsables : ils passent la nuit ensemble. Morceau d’anthologie :

«Roberte se rend compte qu'elle ne peut rien faire contre sa force; JPB lui embrasse le cou là où les veines palpitent; JPB l'inonde d'amour - JPB mord son ventre; son sang se met à danser, "Nunca he venido tan fuerte..." ils baisent frénétiquement. Roberte relève ses jambes, dos cambré, offre son sexe; JPB mêle ses gémissements aux siens. Roberte garde la mémoire de tous ceux qui l'ont possédée. Son coeur bat avec une telle violence qu'elle peut à peine respirer, Roberte aime sentir la pine de son amant exploser en elle : sa chatte ouverte appelle le membre comme un aimant. Roberte désire les caresses de l'homme qui la fait geindre; Roberte aime se sentir brisée, JPB se pénètre de l'odeur de la femme... Roberte sent le sexe se dresser contre elle avec une force irréelle; pendant un moment JPB demeure immobile en elle ! Ses jambes s'ouvrent ! Roberte pousse des reins : son corps est un dédale d'émotions où JPB s'égare : son esprit galope fièvreusement tandis que JPB respire le parfum excitant de sa peau ! JPB lui donne ce bonheur du corps qu'elle préfère à tous. Roberte apprécie une certaine violence dans le sexe...»

La description pourrait être plus longue (il y aura d’autres occasions)… En tous cas vient de se produire entre eux un de ces événements qui introduisent dans la vie des bifurcations aléatoires. Au matin ils ne peuvent faire comme si rien ne s’était passé.


Posted at 10:19 am by Hodges
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Hodges
Male
Paris
Jean-Pierre Balpe fait partie de l'ensemble de blogs consacrés à l'HyperFiction intitulée La disparition du Général Proust.

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