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November 15, 2005
Nous traversons le présent…
«Nous traversons le présent les yeux bandés. Tout au plus pouvons-nous pressentir et deviner ce que nous sommes en train de vivre. Plus tard seulement, quand est dénoué le bandeau et que nous examinons le passé, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons le sens.» a dit Milan Kundera dans un de ses romans (je ne me souviens pas lequel et je ne l’ai pas noté dans ma base de citations, pas plus que je n’ai noté qui a dit : «Et je dois dire que l'expérience de la toile, du réseau des réseaux, est vraiment pour moi l'expérience d'une forme heureuse.», mais ça n’a pas vraiment d’importance…) En fait je crois plutôt que nous le traversons les yeux ouverts mais aveuglés par nos évidences. Peu importe. En tous cas, c’était ainsi entre Roberte et JPB… et un beau jour chacun d’entre eux, pour une raison ou une autre n’a plus été ébloui. Ils ont mis du temps à se quitter : force de l’habitude, routine, difficulté à s’avouer que cette passion qui semblait si forte n’était après tout qu’une parmi d’autres, refus d’admettre que l’autre aussi se lassait… Bonnes et mauvaises raisons.
En ce qui le concerne, il ne s’est décidé à rompre que le jour où Gilberte est apparue.
Posted at 06:13 pm by Hodges
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November 14, 2005
De la passion à la comédie de la passion
L’amour de Jean-Pierre Balpe et de Roberte a été un amour passionnel. Un feu de paille peut-être, mais celui d’une grange entière. Ils étaient tous deux comme des adolescents, avaient toujours envie de se toucher, de se sourire, de se prendre par la main. Ils semblaient devenus stupides comme s’ils n’avaient rien appris de la vie (il avait pourtant plus de quarante ans et elle trente-sept ou trente-huit, je ne sais plus bien…) Stupide. Stupide comme tous les amours qui laissent croire que plus rien ne compte, que le monde s’arrête de tourner, la vie de jouer ses comédies perverses… Stupide. C’était comme ça. Leurs corps, leur sensualité dominait tout de leur raison.
Mais, faute de matériau, les incendies s’épuisent. Ça dura cependant plusieurs mois. Le feu se calma soudain. J’ignore s’il y eut une raison, un événement extincteur — eux-mêmes ne s’en rendirent sûrement pas compte — mais, assez rapidement,ils n’éprouvèrent plus le même plaisir à échanger, les yeux dans les yeux, les mêmes banalités. Il la faisait moins rire ; elle l’agaçait un peu avec ses perpétuelles exigences implicites ; ils n’avaient plus rien à découvrir de leurs corps ; leurs sens aspiraient à autre chose… Une période un peu pénible car aucun d’eux n’osait dire à l’autre ce qui se passait en lui. Aussi, ils jouaient la comédie. Mais c’étaient de piètres acteurs.
Posted at 07:04 pm by Hodges
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November 13, 2005
En attendant de parler de Gilberte (et d'autres…)
Un texte n’a rien à prouver. Un texte est un texte. Et même ça, qu’il est un texte, il n’a pas à le prouver. Soit il s’intéresse à l’aspect commercial de sa lecture et il lui faut alors respecter les règles de ce commerce, y compris de passer sous les fourches caudines de l’éditeur. Soit — pour des raisons diverses allant de la certitude profonde à l’amour propre blessé — il ne s’en préoccupe pas, il n’a plus alors qu’à poursuivre son chemin de texte. Être dans son monde de texte. Avec ses lois propres, sa constitution propre, ses cheminements propres… prouver qu’il est, sans plus… Et encore ! Prouver est une finalité qu’il n’a pas à tenir car il peut se contenter d’être. Jeté aux vents. Il n’a aucune retombée pragmatique sur le réel. Il n’influe sur rien. Ne sert à rien. Il est. Comme la plupart d’entre nous. C’est comme si on s’avisait de nous demander pourquoi nous sommes. Pour qui ? A quoi nous servons ? Médaillés ou non, célèbres ou inconnus, savants ou ignares, chacun de nous, au fond de lui-même, sait bien que ce qui lui importe, c’est d’être. Sans plus. Et cette situation est déjà assez difficile et fragile : la frontière entre l’être et le néant si imprécise. Pourtant l’être est une évidence qui ne se définit pas. Le fait d’être échappe aux catégories conceptuelles. « To be or not to be » ne se discute pas. C’est une intime conviction. C’est cette même intime conviction qui définit l’être du texte. Pour le reste…
Posted at 10:53 pm by Hodges
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November 12, 2005
J’en ai un peu marre… Plusieurs de mes lecteurs (ils sont malgré tout plusieurs dizaine de milliers si j’en crois les statistiques des blogs) insistent : « Où allez-vous ? » « On ne comprend pas où vous nous amenez… » « Ce truc part dans tous les sens… » « Je regrette de ne pouvoir donner du temps à votre HyperFiction. Je dois me faire opérer de la prostate et je vais avoir d'autres priorités et puis… c'est un peu compliqué pour moi. Angelo. », etc.
Comme je crois l’avoir déjà dit. Mais le temps fuit comme une outre crevée. Je ne sais pas non plus où je vais parce que je ne veux aller nulle part. J’écris. Je travaille. Je propose des textes. Je propose des pistes — nombreuses, parfois confuses…— de lecture pour construire un univers particulier où le texte se manipule comme une pâte à modeler au grès de ses lectures. Mais j’insiste : « Je ne vais nulle part ».
Peut-être est-ce que je lutte seulement pour survivre et que ma seule façon de faire est de ne jamais arrêter de parler ? Y a-t-il d’autre but à l’existence ? Durer. Voilà ce qui compte pour moi. Résister, que ce soit au temps, à la difficulté de vivre, à mes erreurs de jeunesse, aux attaques sournoises de JPB, à la commercialisation absolue de la littérature, aux idéologies dominantes. Je suis seul. On me donne des outils: je m’en sers. Pour le reste…
Posted at 12:30 pm by Hodges
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November 10, 2005
La littérature n’a de raison d’être que dans les infinis jeux de piste que, sans fin, elle met en place : rebondissements de l’esprit d’un indice à l’autre, reconstruction subjective d’un monde qui, autrement, nous échappe de toutes parts. Sinon quoi ? Décrire le monde ? Quelle foutaise. Le monde, le réel, la vie, la pensée ne sont que d’infinis incontrôlables mouvements browniens au sein desquels rien n’est à décrire. Les choses sont. Aléatoires, sans cesse bifurcantes, imprécises, inattendues… Toute écriture de cette réalité n’est que réduction et affadissement et, pour cela, elle n’a pas besoin du filtre grossier de la littérature. Seul importe le jeu qui maintient en vie, donne un peu l’illusion que l’homme existe pour et par lui-même.
Je vois d’ici le petit sourire content de JPB (jouant sa Sarraute) : « Oh, vous exagérez… Simplement, les choses s’amassent petit à petit… des souvenirs… C’est vrai que j’aime bien grappiller un peu partout… » S’il est vrai que les choses s’amassent, ce n’est jamais sous la forme de souvenirs. Pas de souvenirs ; des reconstructions : toute vie est une fiction où tout événement trouve sa perspective et se remet en place. La fiction ne parle pas de la vie ; la vie, la fièvre maladive qu’est toute vie, exsudent de la fiction, comme une humeur dont le corps doit se défaire. La littérature ne peut, faiblement, qu’imiter ce mouvement, le prolonger, exciter lèvres et neurones pour, entretenant cette fébrilité, donner l’impression de faire quelque chose.
Ne comptez pas sur moi pour agir autrement.
Posted at 05:01 pm by Hodges
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November 9, 2005
Mais je ne sais plus pourquoi je vous parle des relations de JPB et de Roberte. J’en ai rien à foutre. Vous non plus certainement. Mais les récits sont ainsi faits qu’un rien suffit à faire prendre une voie plutôt qu’une autre dans les multiples bifurcations qui se présentent sans cesse. En dehors des croyances théologiques, il n’y a pas dans l’existence de téléologie. Seules les mauvaises fictions mettent en scène le contraire : une histoire, un but. Tout écrit littéraire se veut une démonstration alors qu’il n’y a pas de démonstration possible… Mais passons, cette réflexion m’entraînerait trop loin.
Je vais donc abréger : ils eurent pendant quelques mois une vie de passion intense. Rien d’autre ne comptait pour eux. Puis, sans raison apparente, JPB abandonna Roberte. Non qu’il y ait eu quelqu’un d’autre dans sa vie. Non. Simplement il avait épuisé son plaisir. C’était ainsi. Il la jeta comme une vielle paire de chaussure. Du jour au lendemain, de centre de ses pensées, elle devint une gêne. Il n’avait plus envie de la voir, essayait de la fuir ; sa conversation l’ennuyait ; pire : son corps ne l’attirait plus.
Il est ainsi. Jean-Pierre Balpe est ainsi. Imprévisible, brutal, inconstant, égoïste… En fait, c’est là où je voulais en venir, donner la preuve de cette noirceur fondamentale à l’ombre de laquelle il faut lire tout ce que, ici ou là, il dit de moi.
Posted at 09:49 pm by Hodges
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November 8, 2005
Comme le prouve la gravure que j’ai publiée hier (curieusement signée du pseudonyme JBÉ(JPB), les relations de Jean-Pierre Balpe et de Roberte ont été torrides. Chacun d’eux s’est enfoncé dans le désir comme dans un fleuve de lave brûlant tout sur son passage. Et même si chacun d’entre eux avait des obligations ailleurs, pendant un temps rien d’autre n’exista.
Chacun d’entre nous — je le pense — a connu ainsi de moments d’abandon dans un amour fou où le tumulte des sens est si bruyant que rien d’autre n’est plus audible enfermant les amants dans un isolement absolu. Je crois pourtant que leur passion dépassa ce que nous pouvons avoir tous connu, et ce même si la Roberte dont il m’attribue la paternité dans un de mes prétendus écrits soit aux antipodes de celle qu’il a réellement connu. La fiction, même quand elle s’inspire de la réalité est un territoire particulier avec ses lois propres. Passons…
S’ils avaient pu, s’ils n’avaient pas été englués dans un réseau dense de conventions, d’obligations sociales, ils auraient vécu à l’écart du monde, tout entier dévoués l’un à l’autre, occupés seulement à se regarder, se toucher, se caresser… faire l’amour… et tout aurait été différent. Mais bon, on ne choisit ni ne contrôle ses pulsions. JPB et Roberte devaient courir vers leur destin.
Posted at 10:32 am by Hodges
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November 6, 2005
Allusion aux amours de JPB et de Roberte
 JPB se pique parfois de poésie. Voici une gravure érotique qu'il a publié dans une petite revue minable et qui, sans aucun doute, se réfère aux moments les plus passionnés de ses amours avec Roberte.
Posted at 04:16 pm by Hodges
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November 3, 2005
Fiction, vie et souvenirs
Puisque Jean-Pierre Balpe commente en ligne tout ce que j’ai écrit, puisqu’il se permet de « publier » n’importe lequel de mes textes, j’ai décidé d’en faire autant. Cette HyperFiction sera ainsi comme un combat entre les écrits de Marc Hodges (les miens donc) et ceux (parasites) de Jean-Pierre Balpe. Peut-être d’autres encore, qui le sait — un certain Hocus s’introduit ainsi de temps en temps çà et là.. En tous cas ceux qui viendront nous rejoindre seront les bienvenus : la vie est une fiction. La fiction est la vie. Que chacun choisisse la formule qui lui convient le mieux. L’entrelacement des genres me semble définitif et, bien des fois, je ne sais plus — je ne sais— si j’ai vécu la vie que je raconte ou si je raconte une vie que j’imagine avoir vécu. Avec le temps, les souvenirs s’estompent et bien des incidents ou anecdotes de mon vécu — de mon enfance, par exemple — qui me paraissent totalement vrais, totalement vécus, dont je garde les goûts, les odeurs, les couleurs, les sensations, les sentiments… sont mis en doute par des proches auxquels je les rapporte comme des moments que nous sommes censés avoir vécu ensemble. Il est vrai aussi que le souvenir sélectionne et que tel moment qui a marqué dans sa chair et sa mémoire X… s’est effacé de celle de Y… qui pourtant l’a vécu avec lui. L’homme se construit autant qu’il est construit. Peut-être est-ce cette capacité qui lui permet de vivre.
Posted at 11:39 am by Hodges
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November 2, 2005
Jean-Pierre Balpe et les femmes
Il faut bien avancer (mais vers quoi ?…) ; parenthèse fermée, je reviens à l’histoire principale :
Que JPB ait eu d’autres maîtresses — Albertine, Lucienne… puis plus tard Gilberte ; appelons-les ainsi pour l’instant — ne dit rien sur la qualité des sentiments qui les a unis à chacune d’elles. Aussi surprenant que cela puisse paraître à un observateur perspicace de sa vie sentimentale, JPB a été, chaque fois, sincèrement amoureux de chacune de ses maîtresses. S’il a fait souvent fait preuve de malhonnêteté dans sa vie, en amour il ne trichait pas. Son mariage avec Françoise, par exemple, n’avait rien à voir avec la fortune de cette dernière, ni avec l’introduction qu’elle lui permettait dans un milieu plutôt sélect. Non. Il n’avait rien à foutre de tout ça. S’il l’avait épousée, c’est parce qu’il avait été séduit par sa fragilité, par ce quelque chose qui faisait qu’elle semblait toujours hors du monde. Un désir de la protéger peut-être, de lui permettre d’exister hors de ce milieu figé qui était le sien.
Si plus tard, il l’a trompée, c’est peut-être moins parce qu’il ne l’aimait plus que parce qu’il en aimait une autre. Aussi ne lui a-t-il jamais rien caché, acceptant qu’elle fasse comme lui et prenne autant d’amants qu’elle le souhaitait. Chez lui, un amour ne chassait pas l’autre mais s’ajoutait à lui. S’il délaissait telle ou telle, ce n’était pas qu’il ne l’aimait plus mais plus simplement parce que les contraintes quotidiennes de l’existence ne lui permettait pas de se consacrer autant à chacune d’entre elles.
Posted at 03:29 pm by Hodges
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