La vie de Jean-Pierre BALPE




Une œuvre de Marc Hodges


November 22, 2005
Une autre pause publicitaire


Posted at 12:00 am by Hodges
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November 21, 2005
L'être amoureux

Je passe sur des détails : nous avons bu un café. Elle m’a quitté pour aller à son école. Nous avons échangé nos adresses et nos numéros de téléphone. Je suis rentré dans ma petite maison où j’ai essayé de travailler un peu mais j’étais si exalté que je n’y suis pas parvenu et quand je me suis décidé à me coucher, je ne me suis endormi qu’au petit jour. Dans un flot chaotique de pensées qui secouaient mon esprit en tous sens, son âme sombra enfin dans un rêve fantastique : un fleuve bleu et profond scintillait à travers une verte plaine. Sur la surface unie, flottait une barque où Gilberte ramait, coiffée d’un béret à fleurs. Elle chantait une romance naïve et fixait sur lui un regard plein d’une douceur mélancolique… »

Tout était de cet acabit, romantique, ridiculement sentimental… mais lorsque, en fin de matinée, je me suis éveillé, j’étais en sueur, les draps autour de moi, froissés, presque noués, témoignaient de l’agitation qui avait été la mienne. Je ne pouvais penser à rien d’autre qu’à Gilberte : il fallait bien me rendre à l’évidence, comme un adolescent ébloui, j’étais amoureux comme je ne l’avais jamais été.


Posted at 11:43 am by Hodges
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November 20, 2005
Un jeu de gosses

Si je vous raconte tout ce qui précède, c’est parce que je sais que Balpe utilise ma vie pour en faire une fiction. Bon, ok, je sais bien que ce qu’il écrit n’a aucun succès. S’il a dix lecteurs, ça doit être un maximum. Et encore. Je sais que même les membres de sa famille ne le lisent pas… c’est tout dire. Je devrais donc m’en foutre. Honnêtement je ne m’en fous pas. Ça tourne un peu au jeu entre nous, du style « je te tiens, tu me tiens par la barbichette… » Et une fois que ce genre de truc a commencé, personne ne veut arrêter.

Je sais qu’il ment bien sûr puisque je suis le premier concerné. Mais c’est difficile d’en donner la preuve. Il me semble pourtant que les quelques personnes que ça intéresserait pourrait aller voir Nos vies d’un certain Hervé Nisic. Avec un peu de patience, ils verraient que les photos que JPB prétend avoir découvertes chez moi viennent en fait de ce cinéaste à qui il a dû les piquer. Enfin c’est ce que je pense ? Comme il fait avec Nicolas Frespech (http://www.frespech.com/echoppe/start.php3) d’ailleurs.


Posted at 05:45 pm by Hodges
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November 18, 2005
D'une conversation banale

Nous savions bien tous deux que ce que nous disions était beaucoup moins important que le fait même de le dire.

Gilberte, avec ses vingt-cinq ans, était une jeune fille de bonne famille venue à Fontainebleau pour suivre, à l’école de commerce, une formation de marketing. Son père était un petit industriel de la région qui comptait bien lui faire assurer sa succession.

Je n’en savais rien alors et ne pouvais me douter, en prolongeant agréablement une discussion vide avec une jeune femme au bord du Grand canal du château de Fontainebleau, à qui je parlais. Elle m’apprit qu’elle faisait des études. Je lui dis que j’écrivais. Elle m’a dit que ses études ne la passionnaient pas vraiment mais « qu’elle voulait faire plaisir à son père… et lui prouver qu’elle en était capable. » En fait elle rêvait aussi d’écrire. Je la félicitai pour cela. Elle me demanda par qui j’étais publié : j’ai menti, dit que je n’avais rien proposé encore à des éditeurs attendant d’avoir terminé quelque chose d’assez solide. Elle me dit : « J’aimerais bien lire ce que vous écrivez ! » Moi : « je ne voudrais pas vous ennuyer… » « Ça ne m’ennuiera pas… » J’ai mesurai le risque : si elle n’aimait pas mes textes, notre rencontre se terminerait certainement là, car je sentais que le côté un peu romantique de cette rencontre ne pouvait que se fracasser sur les duretés du réel. D’un autre côté, je voulais la revoir. J’ai dit : « d’accord, je vous montrerai quelque chose, mais promettez moi d’être sincère ! » Elle promit.

D’une certaine façon j’assumais le risque.


Posted at 07:50 pm by Hodges
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Une promenade dans les jardins du château de Fontainebleau

Nous avons marché le long du Grand Canal, traversé l’avenue des Cascades. Avant d’entrer dans le jardin du Grand parquet je lui ai montré la statue de Socrate enlaçant — sans ambiguïté aucune sur la nature amoureuse de leur relation (je pensai ainsi entrer insensiblement sur le territoire du désir) — un de ses élèves. Traversée du château. Je m’efforçai de l’éblouir de mes connaissances et le château m’était ainsi un complice dans une démarche qui commençait à se vouloir de séduction. Elle se laissait faire, ne manifestait aucune surprise, semblait même prendre un réel plaisir à ce jeu. Je pense que, dès ce moment-là, aussi bien que moi, elle savait vers quoi nous menait cette promenade. Mais il aurait été trop tôt de se l’avouer ouvertement. Le jeu de la séduction a ses charmes. J’aimais le jouer. Elle aimait le jouer avec moi. La durée ne comptait pas, seules importaient ces longues minutes de plaisir subtiles et délicates qui, précédant les violences du sexe, préparent les esprits à l’acceptation des appétits des corps. Pour parcourir les deux kilomètres qui séparent le lieu de notre rencontre du café vers lequel nous allions, nous avons mis à peu près une heure. Mais de cette heure aucune seconde ne fut inutile.

Posted at 01:48 pm by Hodges
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November 17, 2005
Je dois vous parler de Gilberte

Quand je vivais à Avon, le parc du château de Fontainebleau était devenu mon jardin. Je n’étais pas le seul pour lequel c’était le cas. Sans parler des hordes de japonais qui l’envahissaient le week-end, il y avait toutes sortes de familles, joggeurs, marcheurs, cyclistes, etc. chacun étant enfermé dans son activité favorite, les contacts étaient rares. Pourtant, un matin — le 14 novembre 1987, pour être tout à fait précis — alors que je m’étais levé très tôt et marchais à l’aube le long du grand canal, dans un parc encore désert, j’ai remarqué une jeune femme assise sur un banc de pierre, au bord de l’eau. Sa présence solitaire, à cette heure-là, le fait qu’elle ne se déplace pas, m’intrigua. J’hésitai, puis s’approchai :

« Puis-je faire quelque chose pour vous ? » Elle me regarda : «Qui êtes-vous ?» «Excusez-moi, j’aurais dû me présenter… Marc Hodges.» Elle dit : «Gilberte… non je n’ai besoin de rien… et vous ?» Je compris qu’elle n’était pas opposée à une conversation.

Je me suis spontanément senti en accord avec cette inconnue dont j’apprenai qu’elle se nommait Gilberte. Je me suis attardé. Elle ne refusait pas ma compagnie, ne semblait pas du tout ennuyée que je lui parle. J’ai cherché des sujets dérisoires pour faire durer la conversation : «la lumière est belle ce matin…» «J’adore ce parc, et vous…» «Il fait un peu frais tout de même…»

Banalités. Banalités, mais comment faire autrement lorsque l’on ne sait rien de celle — ou celui…— à qui on s’adresse. Banalités, mais elle ne semblait pas ennuyée. Au contraire : elle souriait, répondait volontiers par d’autres banalités : «Très belle en effet, mais c’est si fréquent sur le Grand Canal», «J’y viens aussi très souvent» «Oui, le fond de l’air est frais mais ce n’est pas pour me déplaire !» «Vous habitezv dans les environs ?»


Posted at 07:43 pm by Hodges
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November 15, 2005
Nous traversons le présent…

«Nous traversons le présent les yeux bandés. Tout au plus pouvons-nous pressentir et deviner ce que nous sommes en train de vivre. Plus tard seulement, quand est dénoué le bandeau et que nous examinons le passé, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons le sens.» a dit Milan Kundera dans un de ses romans (je ne me souviens pas lequel et je ne l’ai pas noté dans ma base de citations, pas plus que je n’ai noté qui a dit : «Et je dois dire que l'expérience de la toile, du réseau des réseaux, est vraiment pour moi l'expérience d'une forme heureuse.», mais ça n’a pas vraiment d’importance…) En fait je crois plutôt que nous le traversons les yeux ouverts mais aveuglés par nos évidences. Peu importe. En tous cas, c’était ainsi entre Roberte et JPB… et un beau jour chacun d’entre eux, pour une raison ou une autre n’a plus été ébloui. Ils ont mis du temps à se quitter : force de l’habitude, routine, difficulté à s’avouer que cette passion qui semblait si forte n’était après tout qu’une parmi d’autres, refus d’admettre que l’autre aussi se lassait… Bonnes et mauvaises raisons.

En ce qui le concerne, il ne s’est décidé à rompre que le jour où Gilberte est apparue.


Posted at 06:13 pm by Hodges
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November 14, 2005
De la passion à la comédie de la passion

L’amour de Jean-Pierre Balpe et de Roberte a été un amour passionnel. Un feu de paille peut-être, mais celui d’une grange entière. Ils étaient tous deux comme des adolescents, avaient toujours envie de se toucher, de se sourire, de se prendre par la main. Ils semblaient devenus stupides comme s’ils n’avaient rien appris de la vie (il avait pourtant plus de quarante ans et elle trente-sept ou trente-huit, je ne sais plus bien…) Stupide. Stupide comme tous les amours qui laissent croire que plus rien ne compte, que le monde s’arrête de tourner, la vie de jouer ses comédies perverses… Stupide. C’était comme ça. Leurs corps, leur sensualité dominait tout de leur raison.

Mais, faute de matériau, les incendies s’épuisent. Ça dura cependant plusieurs mois. Le feu se calma soudain. J’ignore s’il y eut une raison, un événement extincteur — eux-mêmes ne s’en rendirent sûrement pas compte — mais, assez rapidement,ils n’éprouvèrent plus le même plaisir à échanger, les yeux dans les yeux, les mêmes banalités. Il la faisait moins rire ; elle l’agaçait un peu avec ses perpétuelles exigences implicites ; ils n’avaient plus rien à découvrir de leurs corps ; leurs sens aspiraient à autre chose… Une période un peu pénible car aucun d’eux n’osait dire à l’autre ce qui se passait en lui. Aussi, ils jouaient la comédie. Mais c’étaient de piètres acteurs.


Posted at 07:04 pm by Hodges
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November 13, 2005
En attendant de parler de Gilberte (et d'autres…)

Un texte n’a rien à prouver. Un texte est un texte. Et même ça, qu’il est un texte, il n’a pas à le prouver. Soit il s’intéresse à l’aspect commercial de sa lecture et il lui faut alors respecter les règles de ce commerce, y compris de passer sous les fourches caudines de l’éditeur. Soit — pour des raisons diverses allant de la certitude profonde à l’amour propre blessé — il ne s’en préoccupe pas, il n’a plus alors qu’à poursuivre son chemin de texte. Être dans son monde de texte. Avec ses lois propres, sa constitution propre, ses cheminements propres… prouver qu’il est, sans plus… Et encore ! Prouver est une finalité qu’il n’a pas à tenir car il peut se contenter d’être. Jeté aux vents. Il n’a aucune retombée pragmatique sur le réel. Il n’influe sur rien. Ne sert à rien. Il est. Comme la plupart d’entre nous. C’est comme si on s’avisait de nous demander pourquoi nous sommes. Pour qui ? A quoi nous servons ? Médaillés ou non, célèbres ou inconnus, savants ou ignares, chacun de nous, au fond de lui-même, sait bien que ce qui lui importe, c’est d’être. Sans plus. Et cette situation est déjà assez difficile et fragile : la frontière entre l’être et le néant si imprécise. Pourtant l’être est une évidence qui ne se définit pas. Le fait d’être échappe aux catégories conceptuelles. « To be or not to be » ne se discute pas. C’est une intime conviction. C’est cette même intime conviction qui définit l’être du texte. Pour le reste…

Posted at 10:53 pm by Hodges
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November 12, 2005
Où je vais ?

J’en ai un peu marre… Plusieurs de mes lecteurs (ils sont malgré tout plusieurs dizaine de milliers si j’en crois les statistiques des blogs) insistent : « Où allez-vous ? » « On ne comprend pas où vous nous amenez… » « Ce truc part dans tous les sens… » « Je regrette de ne pouvoir donner du temps à votre HyperFiction. Je dois me faire opérer de la prostate et je vais avoir d'autres priorités et puis… c'est un peu compliqué pour moi. Angelo. », etc.

Comme je crois l’avoir déjà dit. Mais le temps fuit comme une outre crevée. Je ne sais pas non plus où je vais parce que je ne veux aller nulle part. J’écris. Je travaille. Je propose des textes. Je propose des pistes — nombreuses, parfois confuses…— de lecture pour construire un univers particulier où le texte se manipule comme une pâte à modeler au grès de ses lectures. Mais j’insiste : « Je ne vais nulle part ».

Peut-être est-ce que je lutte seulement pour survivre et que ma seule façon de faire est de ne jamais arrêter de parler ? Y a-t-il d’autre but à l’existence ? Durer. Voilà ce qui compte pour moi. Résister, que ce soit au temps, à la difficulté de vivre, à mes erreurs de jeunesse, aux attaques sournoises de JPB, à la commercialisation absolue de la littérature, aux idéologies dominantes. Je suis seul. On me donne des outils: je m’en sers. Pour le reste…

Posted at 12:30 pm by Hodges
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Hodges
Male
Paris
Jean-Pierre Balpe fait partie de l'ensemble de blogs consacrés à l'HyperFiction intitulée La disparition du Général Proust.

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