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Ce que je cherche alors c'est une autre voie, une autre issue à cette paranoïa de la mise en mots qui m'habite ou plus exactement de cette forme de schizophrénie que je vis dans le langage: surévaluation de son importance et, dans le même mouvement, désintérêt croissant… Dire et non dire… Envie absolue de dire et découragement absolu face à ce que, en fin de compte, l'écriture m'apporte bien que je sois partisan absolu de la gratuité de l'écrit, écrire pour rien, pour personne, sans que cela ne débouche sur aucun rapport. Je ne trouve ainsi de réel intérêt que dans le dérangement éventuel que provoque la tentative d'écrire, la petite excitation qu'il y a à se lancer dans un projet, à croire un temps qu'il a une importance et qu'il va m'exciter suffisamment pour nourrir une part de ma vie. Hélas, cet entrain ne dure guère car j'atteins assez vite au but fixé qui dès lors me désintéresse totalement. Je ne supporte pas les répétitions. Mon idéal — mais je n'ai pas assez d'imaginaire — serait dans la multiplication des hétéronymes: me réinventer chaque fois au travers d'une nouvelle invention de langue. "Que pour nous le faire soit révélateur de l'être, chaque technique est un sens ouvert sur le monde: les choses ont autant de visages qu'il y a de manières de s'en servir." dit Joé Bousquet dans ses Notes d'inconnaissance. L'écrire comme révélateur de l'être, chaque technique d'écriture comme ouverture sur une nouvelle façon d'être au monde… Peut-être au fond est-ce ce qui m'importe, et ceci dans une indépendance absolue du résultat réceptif des écrits que je peux produire. Une forme d'orgueil désespérée d'être au monde. |
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